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Groupe d'étude floristique du Jura et du Jura bernois

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  « L’association végétale enchantée »

Carex remota

Par une nuit d’automne 1956, je marchais dans une forêt. Après une petite montée, je suis arrivé sur un replat et, dans une légère dépression, un bois parsemé de fleurs inconnues m’est apparu : c’était un Carici-Fraxinetum, c’est-à-dire une Frênaie à Carex. A vrai dire, ce n’est qu’en 1973, et grâce à MM. Max Moor, de Bâle, et Jean-Louis Richard, d’Hauterive, qui avait eu l’amabilité de m’inviter, et aussi à mon directeur d’alors, M. Jean-Pierre Möckli, de Delémont, qui m’avait donné le congé nécessaire, que j’appris à connaître un Carici-Fraxinetum, le mardi 22 mai 1973 pour être précis…

En peu de mots disons qu’un Carici-Fraxinetum est une forêt établie dans une cuvette humide où le sol superficiel est saturé d’eau stagnante. Cette association végétale a été décrite par W. Koch en 1926 et se caractérise par la présence du Frêne élevé, Fraxinus excelsior, qui domine nettement, de l’Aulne glutineux, Alnus glutinosa, de quelques arbustes (dont le Merisier à grappes, Prunus padus) et, parmi les herbes le Carex à épillets espacés, Carex remota, dont le nom a été emprunté pour nommer l’association, d’où : Carici remotae-Fraxinetum.

Bref ! Lors d’une nuit d’automne 1956, il y avait d’autres fleurs que celles qui figurent habituellement dans un Carici remotae-Fraxinetum. Des fleurs de la grandeur d’un Coquelicot. Ce sont surtout les pétales qui étaient extraordinaires : Ils avaient de vives couleurs : du rouge, du violet, du bleu… Et leur forme donc ! Pétales triangulaires, en forme de losange, de trapèze, de rhombe même… Je n’en croyais pas mes yeux. Ces taches vives dominaient le sous-bois de cette association végétale enchantée. Vraiment impressionné, je m’exclamai : « Fantastique ! Il faut l’annoncer à l’Institut de botanique… »

Depuis cette nuit d’automne 1956, je suis sûr d’une chose : je rêve en couleurs et non en noir et blanc, car ces fleurs extraordinaires je les ai vues alors que j’étais dans les bras de Morphée.

Dommage !

Eric Grossenbacher,
La Neuveville, 1980
Cet article a paru dans le Rameau de Sapin No 3, 1980 Bulletin du Club Jurassien de Neuchâtel
Figure: Planche 2919, Carex remota, de la Grande Flore de Gaston Bonnier


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Dernière mise à jour: 23 mars 2011
Auteurs du site: Philippe Juillerat et Marc Jeannerat